Pourquoi facebook est décevant pour l'utilisateur lambda, mais aussi les producteurs de contenu et développeurs ?
Selon ZDnet 61% d’utilisateurs américains de Facebook déclarent avoir déjà fait une coupure de plusieurs semaines avec le réseau social. Pas de rupture totale, mais une fatigue avec 27% prévoyant en 2013 de passer moins de temps sur Facebook (42% pour les 18/29 ans).
Je tente ici de décrypter plusieurs articles de la presse américaine et diverses expériences d'utilisateurs, tout en analysant méticuleusement ce réseau social avec mon œil d'ancien testeur de logiciels dans la presse informatique, mais aussi de professionnel de la production digitale, ayant réalisé plusieurs pages officielles de grands annonceurs.
On ne peut pas dire que l'ergonomie de facebook soit particulièrement efficace, avec des énormités comme l'accès à vos vidéos dans un sous-dossier de vos photos, et ce même répertoire vidéo invisible à partir d'un iPhone. Un objet aussi simple qu'une vidéo est géré de la manière la plus lamentable possible, en pleine explosion de la génération youtube.
Le logiciel de discussion Chat de facebook est asynchrone et capricieux. Il fait son job mais ne correspond pas à une expérience inoubliable, si on fait abstraction de l'intégration de la vidéo conférence via Skype.
Malgré la fortune dont dispose facebook, il semble encore possible qu'un script vraisemblablement lié aux publicités puisse planter et bloquer votre navigateur, et que personne ne corrige ce bug pendant de longs mois. C'est incroyable vu les millions de personnes concernées de manière quotidienne.
Pour aller droit au but concernant la qualité médiocre de développement chez facebook, le bouton Partager, qui est tout de même au cœur du concept, est visiblement plein de bugs. En lisant une vidéo facebook, il n'est pas possible de la partager en insérant un texte, ou encore de modifier ce texte dans un autre contexte. Votre ordinateur va émettre un bip comme si le fait de partager était interdit !
Le bouton "like" est utilisé sans réelle approche qualitative, chacun ayant l'espoir secret de battre les records, un peu comme le nombre de vues sur youtube qui excite toutes les convoitises virales. La plupart des pages commerciales exigent de force un "like", ce qui ne fait que retirer le caractère spontané de cette fonctionnalité.
Le moteur de recherche facebook ne permet pas de retrouver ses propres données, ne serait-ce par leur titre (une note, une vidéo etc). Quand on est à la tête d'un gros volume de contenu, l'administration, la suppression ou la réorganisation de ces données est une corvée infernale.
Les publicités se font de plus en plus présentes, intrusives dans le fil d'actualité et vulgaires. Pourquoi devrait-on "choper une couguar", "devenir un cartoon" quand on a un profil neutre, et pourquoi ce type de pub très basique se mélange avec des annonceurs premium comme Renault ou Samsung.
Il y a aussi ces invitations incessantes à des événements à l'autre bout du monde ou à des applications inutiles, qui mériteraient des fonctions interdisant la notion d'invitation, quand on a la profonde envie de ne pas être dérangé.
Les développeurs de facebook se droguent-ils ? Il y a un mécanisme tellement surréaliste que je pose la question au premier degré. Et c'est un cas d'école comme gaffe en terme de relation client :
- étape 1 : facebook vous suggère des amis
- étape 2 : vous ajoutez ces amis à la suggestion de facebook
- étape 3 : facebook vous considère comme spammeur et vous sermone
- étape 4 : vous êtes privé d'amis pendant n jours.
Comment peut-on permettre à des amis de vous inscrire à un groupe contre votre gré ? Si jamais ce groupe a un contenu discutable, et que vous ne vous en rendez même pas compte, vous êtes associé, avec votre e-reputation, à quelque chose de préjudiciable.
Concernant la bénéfice apporté par les applications facebook, on ne constate pas de grosse révolution. La futilité et le ludique l'emportent largement. Il n'y a pas d'application de co-voiturage ou encore d'application liée à la recherche d'emploi, au recyclage, à la réduction carbone, ou à l'économie locale. Ce qui indirectement signifie que facebook est loin de la réalité et du quotidien de ses utilisateurs.
Il y a aussi ces changements de règles incessants qui recèlent à chaque fois des clauses abusives pour la législation locale, une atteinte à la vie privée ou tout simplement une violation évidente de la propriété intellectuelle. Dans sa relation client, facebook commence à trainer des casseroles de plus en plus grosses.
Du point de vue des développeurs, facebook a expérimenté un langage propre, qui en fin de compte semble à l'abandon. La plupart des projets facebook consistent à créer une iframe intégrant un site externe et utilisant quelques interfaces standard (API) pour s'intégrer au réseau social. Facebook impose des changements de règles et de méthodologie de manière unilatérale, si bien que les développeurs ont à peine le temps de décliner leur savoir faire en applications qu'elle sont à mettre jour ou bien à recommencer.
Facebook souffrirait selon moi d'un syndrome bien connu chez les startups. Le syndrome de l'enfant gâté. Il y a ce sentiment d'être le roi du pétrole et de ne pas avoir la pression pour améliorer la qualité vu que l'argent coule à flot, un argent qui vient aussi du peuple Américain, vu les étonnants avantages fiscaux dont cette firme a bénéficié.
La seule pression que l'on perçoit c'est de générer des revenus, avec une montée en puissance de la pub, mais une pub très cheap. Graph search, cette recherche visuelle et intuitive que l'on tente de nous vendre, va faire de facebook un annuaire commerciale de restaurants et de boutiques, avant même d'avoir créé une dynamique ou rendu un service dans votre propre réseau.
Facebook n'est pas un réseau pour tout public et encore moins un réseau familial, c'est à dire pour enfants. Je n'ai pas de légitimité pour débattre si les pré-adolescents ou adolescents y ont leur place, mais facebook est au dessus des lois, et en particulier des lois françaises. Quelque soit le problème pouvant frapper un utilisateur en situation de faiblesse, porter atteinte à son droit à l'image, à sa vie privée ou à sa e-reputation, facebook va se dédouaner et coopérer avec mollesse et lenteur, comme le fait Google par ailleurs. Donc quand facebook communique des images de jeune couple avec enfants rassemblés devant facebook, c'est à double tranchant.
La vie est faite d'aiguillages. A un moment facebook avait ce coté minimaliste, générique, passe partout pour rassembler un cercle d'amis, de collège, rapprocher les gens distants, et même rapprocher les peuples en facilitant le partage. Facebook avait aussi la possibilité d'être un nouveau système d'exploitation en ligne, pour des applications utiles, à titre personnel ou professionnel.
Mais à force d'erreurs et de négligences, facebook est en train de perdre son charisme, comme si son introduction en bourse était un nouveau pacte avec le diable du business. Et que ce soit en tant qu'utilisateur, producteur de contenus, ou spécialise du social media, le potentiel qualitatif de ce réseau devient incertain. Et s'il y a eu un engouement de masse pour facebook, il se peut qu'il y ait une lassitude de masse.
Enfin, du point de vue strictement social, facebook pose une question. Quelle est la conversation possible sur ce réseau ? Au delà d'une blague, d'un message narcissique, d'une humeur, d'une indignation x ou y, quelle conversation allez vous entretenir sur ce réseau ? Et en quoi cette conversation est unique, c'est à dire, uniquement possible sur facebook ? Un étude a montré que si la conversation existe dans facebook, elle est courte et superficielle la plupart du temps.
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